Türkiye Cumhuriyeti

Ambassade de Turquie

Konuşma Metinleri

Discours prononcé lors de la table ronde du Comité Scientifique de l’Institut du Bosphore (Relations bilatérales dans la perspective des scénarios possibles pour l’avenir de l’Union Européenne), 12.04.2017

Mesdames et Messieurs les Députés, 

Mesdames et Messieurs les Sénateurs, 

Monsieur l’Ambassadeur de France en Turquie,

Monsieur le Président de l’Institut du Bosphore, 

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand plaisir pour moi de pouvoir m’adresser pour la première fois à cette audience distinguée avec mon cher ami l’Ambassadeur Charles Fries, à l’occasion de la réunion du Comité Scientifique de l’Institut du Bosphore. 

Je suis tout à fait conscient de l’importance et du rôle-clef de cet Institut dans le développement des relations turco-françaises.

Je voudrais remercier particulièrement les invités turcs qui ont spécialement fait le déplacement à Paris pour venir partager leur vision.

Le sujet que nous traitons lors de cette table ronde est très important et actuel car aujourd’hui le projet européen est contesté, jusqu’à être remis en cause dans son principe même. L’euroscepticisme gagne de plus en plus de terrain.

Contexte global

Mais avant de comprendre les difficultés que traverse l’Europe, il est indispensable de comprendre les évènements dans le monde contemporain. La crise économique de 2008, une crise beaucoup plus grave que celle de 1929, a failli emporter l’Euro. Les conflits en Irak et en Syrie ont complètement déstabilisé la région, ce qui a amené un grand nombre de personnes à chercher refuge aussi dans l’Union et a conduit à une flambée de terrorisme sur le sol européen. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine a créé une tension inédite entre l’Est et l’Ouest européen depuis l’effondrement du communisme en 1990 et a démontré le manque d’une politique étrangère et sécuritaire commune au sein de l’Union. Finalement avec le Brexit, la décision du peuple britannique de quitter l’Union Européenne (UE), le tabou de l’irréversibilité de l’Union a été fondamentalement brisé.

Dans cet état, les peuples européens ont désormais été tentés par des solutions extrêmes ce qui a fait le lit des populistes europhobes.

La force de l’UE réside autant dans le dynamisme de son marché intérieur que dans ses échanges avec le monde. Le Traité transatlantique entre l’UE et les Etats-Unis (TTIP) aurait pu constituer une chance d’accroître les échanges, de créer des emplois et d’encourager la croissance. Mais comment échanger avec le monde dans un tel état ? Aujourd’hui nous parlons clairement des mesures unilatérales de fermeture de certains marchés, des menaces protectionnistes et d’élévation des barrières commerciales. Personne ne nie les projets européens réussis comme l’Airbus, l'Agence spatiale européenne (ESA), le Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN), Europol ou Frontex. Mais ils n’ont pas été suffisants pour satisfaire les besoins des peuples européens.

Il faut dire les choses clairement: l'architecture institutionnelle européenne est en situation de détérioration, continuant vaguement à tenir debout.

Prenez l'exemple du conflit impitoyable qui sévit en Syrie. Ses conséquences pour l'Europe sont immédiates, dans les domaines sécuritaires et migratoires en particulier. 

De même, la crise migratoire, la plus grande que l’on subit depuis la deuxième guerre mondiale. Là aussi, il s’agit d’une grande épreuve. D’abord une épreuve humaine pour les personnes réfugiées ou migrants qui venaient sur le sol européen, après parfois des drames terribles. Mais aussi pour l’Europe et plus particulièrement la zone Schengen, avec un moment de difficulté de réguler, de contrôler, de maîtriser ses frontières.

L’avenir de l’Union Européenne

Au milieu de toute cette confusion et inquiétude sur l’avenir, l’Europe essaye de se retrouver une place, une identité. 

Comme l’a indiqué Président Hollande à l’occasion du 60ème anniversaire de la signature du traité de Rome, le projet de l’UE a apporté la paix, la prospérité, la capacité de forger une monnaie unique, l'ouverture d'un grand marché et une puissance économique au continent. Cependant, cet anniversaire a aussi permis d’entendre les critiques et les doutes qui traversent l’UE. 

L'Europe sera-t-elle encore capable de conclure des accords commerciaux et de proposer au monde des normes économiques, sociales et environnementales?

L'économie de l'Europe connaîtra-t-elle enfin une reprise, ou restera-t-elle engluée dans une croissance faible et une inflation basse pendant la prochaine décennie?

L'Europe restera-t-elle à la pointe du combat en faveur des droits humains et des valeurs fondamentales?

L'Europe parlera-t-elle d'une seule voix quand l'intégrité territoriale d'un pays sera menacée, en violation du droit international?

En tant que la Turquie, nous avons vu l'Europe comme notre foyer commun dans lequel nous nous réunissons sur des normes, principes et valeurs. L’Europe pour nous, n’est pas un ensemble de pays, mais représente une vision pour les gens qui y résident, une vision du monde, si bien formulée par nos amis français, qui est celle de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Cette vision doit être protégée et promulguée à tout prix. 

Néanmoins, on remarque de plus en plus que l'UE se décompose et ne satisfait plus les besoins et les aspirations de ses citoyens. Les peuples européens font de moins en moins confiance à leurs dirigeants. Beaucoup accuse l’Europe de se transformer progressivement en une machine lourde et bureaucratique éloignée du citoyen. 

C’est l’un des paradoxes de l’Europe : d’un côté, une politique de libéralisation, de libre-circulation et de libre-échange et, de l’autre, une politique de réglementation excessive, d’imposition de normes et de bureaucratisation. Il faut donc se poser une question très simple : « Pourquoi ? Qu’est ce qui a fait que ce projet de paix et prospérité n’arrive plus à avancer au rythme nécessaire ? ». Certains l’accusant même d’avoir complètement échoué.

Cette crise existentielle n’avait sûrement aucun rapport avec la Turquie et son processus d’adhésion.

Il est donc certain que l’Europe a besoin d’une transformation pour s’adapter aux réalités du monde actuel. Le besoin « d’une Europe différenciée » dans laquelle chaque pays pourrait avancer à son rythme est de plus en plus prononcé.

La réforme des institutions européennes est bien entendu nécessaire mais le fond du problème est ailleurs: retrouver le goût de décider, de préparer l'avenir, de gouverner au nom de l'intérêt général et de prendre des risques aussi.

L’UE est avant tout composée des règles de rang supranational c'est à dire qui surplombent et encadrent l'action des États-membres. Sans même parler de celles qui sont arbitraires, ces règles sont uniformes, et souvent inadaptées à la situation réelle et aux besoins des différents pays. C'est pourquoi la plupart d'entre eux transgressent ces règles ou les contournent.

L'UE n'est pas vraiment une structure fédérale, c’est de là que proviennent essentiellement les difficultés. Nous constatons que le projet européen ne semble pas avoir réussi à se présenter comme un projet fédérateur. C’est cette souffrance dont nous témoignons aujourd’hui.

Certes, les discussions sur l’avenir de l’Europe ne sont pas nouvelles. Le discours sur l’équilibre entre l’élargissement et l’approfondissement au sein de l’Union a toujours été d’actualité. Il a eu incontestablement un écart entre ces deux processus. Des pays qui, contrairement à la Turquie, n’avaient pas remplis tous les critères nécessaires pour faire partie de l’Union sont devenus pays membres.  Mais comme nous l’avons indiqué précédemment, surtout après la crise économique, l’afflux sans précédent de réfugiés, l’accroissement de la menace sécuritaire sur le continent et le Brexit, ces interrogations se sont intensifiées. L’UE s’est confrontée aux difficultés de progresser avec une intégration adéquate pour tout le monde.  

L’Europe a fait face à une succession de crises de natures différentes pendant toute son histoire. Nous ne devons pas laisser les problèmes nous enliser dans le désespoir. Par contre, quel que soit son avenir, la Turquie continuera ses efforts pour renforcer ces relations non seulement avec la France mais avec tous les pays européens. Nos relations avec les Etats membres de l'UE, quelle que soit l'évolution conjoncturelle de nos relations avec celle-ci, continueront sans aucune interruption. 

D’ailleurs, L’UE n’est pas le seul milieu où l’on échange avec nos partenaires européens. En complémentarité avec notre processus d’adhésion, nous avons également avec l’UE plusieurs domaines de coopération comme l’union douanière, les sommets, les réunions politiques de haut niveau, les réunions économiques et commerciales sans oublier le dialogue de haut niveau dans le domaine de l’énergie. 

Au final, quoi que nos partenaires européens choisissent parmi les scénarios proposés sur l’avenir de l’UE, nous souhaitons que la Turquie, avec sa position géostratégique et son grand potentiel économique, ne soit pas exclue de cet avenir.

Les relations bilatérales entre la Turquie et la France

D’ici, nous arrivons à la deuxième partie de notre problématique concernant les relations entre la Turquie et la France. Les relations entre les peuples français et turc jouissent d’une histoire profondément enracinée. Evidemment, la relation entre la Turquie et la France a fortement bénéficiée de la relation entre la Turquie et l’UE. 

Je saisis cette occasion d’exprimer notre satisfaction concernant le changement d’attitude de nos amis français sur notre adhésion à l’Union. 

Les questionnements sur l’avenir de l’UE ne pourront pas effacer le caractère intrinsèque des relations franco-turques. Nous avons assez d’expériences pour prouver cela. Il faut continuer et diversifier les champs de coopérations pour améliorer nos relations bilatérales dans tous les domaines. 

Nous avons déjà une base très solide pour cela. Permettez-moi de laisser de côté nos relations historiques qui datent à peu près de 6 siècles. La Turquie est aujourd’hui le 11ème plus grand marché pour les produits français et le 12ème fournisseur de la France. Nos échanges commerciaux ont atteint 14 billions d’euros. 1450 compagnies françaises dont l’EDF, Thales, Engie, MBDA, Eurosam et Airbus sont actives en Turquie.

Environ 700.000 Turcs vivent en France dont 500.000 possèdent également la double nationalité. Actuellement, il y a 201 élus d’origines turques dans les conseillers municipaux, départementaux et régionaux.

Le réseau consulaire de la Turquie en France comprend désormais 6 Consulats Généraux à Paris, Lyon, Marseille, Strasbourg, Nantes et Bordeaux.

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Nos relations politiques, économiques et culturelles avec la France sont plus fortes que jamais. Les destins de la Turquie et la France sont étroitement liés tout comme dans le passé. 

La Turquie a besoin de la France et je pense sincèrement aussi, que la France a besoin de la Turquie. Face aux nombreux défis auxquels nous sommes confrontés, il est indispensable aujourd’hui, plus que jamais, de continuer nos efforts pour favoriser le développement de nos relations politiques, économiques et culturelles.

Conclusion

Mesdames, Messieurs,

Personnellement, je n’ai jamais pensé que le problème était l’UE elle-même. Le repli sur soi et la peur n’apportent aucune solution. La coopération européenne et internationale est donc plus vitale que jamais. 

Les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir du projet européen. L’UE devra organiser la sortie de l’un de ses membres, pour la première fois de son histoire. En même temps, elle devra tracer le chemin qui permettra son renforcement et sa projection dans l’avenir. La Turquie est en effet partie intégrante de cet avenir, comme elle l’a était pendant des siècles. Dans toutes les projections qui sont discutées, l’UE doit attribuer une place appropriée à la Turquie. 

Avec sa démocratie vivante, son système politique laïc et social, sa population jeune et économie en croissance, la Turquie sera une valeur ajoutée pour l’union et non un fardeau. L’UE ne peut pas prendre la place prestigieuse qu’elle mérite sur la scène internationale sans notre pays.

Grace à la Turquie, l’Europe pourra également confronter la montée des tendances xénophobes, islamophobes et extrémistes dans le continent. L’adhésion de la Turquie sera la meilleure réponse à ces tendances et renforcera le « soft power » de l’Union. 

Dans cette perspective, la poursuite de la coopération et de la solidarité entre la France et la Turquie s’impose de toute urgence. Nous devons agir ensemble.

Dans ce cadre, nous comptons énormément sur votre soutien pour renforcer les relations franco-turques ainsi que celles entre la Turquie et l’UE.

Avant de terminer, je saisis cette occasion pour remercier à nouveau les membres de l’Institut de Bosphore pour leur engagement au service des relations entre nos pays et l’organisation de cette table ronde.